• VIII- Difficulté de renouer des contacts humains ?

         J'éprouve une étrange impression d'errance, et m'interroge également sur le sens de l'amitié. Deux êtres qui partagent leur univers respectifs. Laisser pénétrer autrui en son monde, lui offrir une partir du sien. Il s'agit d'une relation de confiance, et je ne pense point qu'elle s'acquiers au fil du temps. Ce sont les coups de cœur qui dirigent ma vie, la passion qui me sert d'entendement, l'instinct qui me pousse à agir ou non, à déceler chez un individu la potentialité qui s'y cache. Mes jugements se révèlent rarement erronés. Je ne sais si je peux avoir la prétention de parler « d'expérience de l'âme humaine », mais je crois être assez psychologue pour discerner les personnes dignes de confiance, même si nul ne se trouve à l'abri d'une quelconque trahison. L'amitié naît d'une pulsion qui porte vers autrui. Je l'entrevois comme une sorte d'offrande de son esprit. Peut être est-ce ce qui la distingue de l'amour, car ce dernier pousse également à offrir son corps, et bien plus ?
         Tant de questions m'assaillent et je me sens préoccupée par la rencontre d'une personne qui, parfaite inconnue, a pourtant tenu à me dévoiler son univers très vite. Trop vite. Ayant vécu dans une grande solitude puis un an, ne suis-je plus habituée à lier contacts dans la réalité sincères et profonds ? Ais-je peur de « me » partager ? De trouver incompréhension ? De m'attacher ? De perdre ma liberté ? Bien qu'il m'arrivait parfois de me désoler, j'appréciais vivement cette compagne quotidienne à la faculté : la solitude. A présent, je « dois » composer avec une nouvelle compagne. Réelle. Ce que je dis peut peut-être sembler choquant : on ne doit point se forcer à avoir des amis. La personne que j'ai rencontrée est si ambiguë, mon opinion à son égard se révèle si paradoxale que mon esprit se tourne sans cesse vers elle, pris par la dérision. J'ai peur, je crois, de livrer trop de moi-même. C'était tellement plus facile de vivre repliée dans son monde, ses idées, ses rêves... 


           Je ne me rappelle plus de la manière dont on construit une relation avec autrui. Je voudrais être intemporelle, coupée du monde. Pourquoi poserais-je les yeux sur un univers, aussi passionnant, et touchant soit-il, alors que je me sens voguer à des milliers de kilomètres de cette vie ? Un autre monde m'attire, mais je ne pourrais jamais confier quoique ce soit dans la réalité à des personnes, ce que mon esprit se plaît à enjoliver. Je voudrais m'élever, devenir un spectre, enveloppée de brume, que mon passage demeure léger et silencieux. J'aurais trop à dire, j'aurais trop à dévoiler et les années m'ont appris à garder au fond de moi ces secrets, à cultiver cet univers chaleureux, incarnation de ma vision du bonheur, des relations, de l'amour. Trop de choses hors normes ou intemporelles rythment mes pensées. Je voudrais juste rester une figure que l'on contemple mais qu'on n'ose approcher. La personne qui m'a abordé a mis plusieurs jours avant d'agir, et je me demande ce qu'elle attend de moi, si elle cherche à me connaître parce qu'elle s'est fait telles idées sur ma personne par mon apparence ou mon attitude. Je ne veux pas qu'elle devine quoique ce soit, et cependant je voudrais lui imposer mon monde. Peut être n'est-ce point elle qui est si paradoxale, mais moi et mon esprit troublé ?...


    Musique: The Gathering, "Sand and Mercury"


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